Septième édition de ce rendez-vous hebdomadaire : l’essentiel des sept derniers jours dans les quatre domaines que suit le magazine, uniquement à partir de sources d’autorité — institutions, régulateurs, organismes de normalisation et presse d’ingénierie de référence. Chaque lien a été vérifié et chaque chiffre relu dans le texte de la source. Semaine dense : la Fédération internationale de robotique sort de son silence avec son rapport annuel World Robotics, l’Arcep publie son observatoire de l’extinction de la 2G et de la 3G, et l’ENISA son panorama annuel de la menace.
Robotique
La Fédération internationale de robotique (IFR) a présenté à Francfort, le 24 septembre, son rapport World Robotics 2026 : le parc mondial de robots industriels en service a progressé de 9 % en 2025 pour atteindre le record de 5 millions d’unités, porté par des installations annuelles en hausse de 11 %, à plus de 600 000 unités. La Chine en a installé 354 000 (+20 %), soit 59 % des déploiements mondiaux, et les fabricants chinois y ont vendu 195 000 unités, pour une part de marché domestique de 55 %. Les États-Unis (près de 38 500 unités, +12 %) dépassent désormais le Japon (36 219 unités, −19 %) et deviennent le deuxième marché mondial. En Europe, l’Allemagne recule de 8 %, sous les 25 000 unités, et la France reprend la troisième place européenne avec près de 4 500 unités, en baisse de 8 %. L’IFR prévoit 655 000 installations en 2026 (+9 %) et 806 000 en 2029.
Edd Gent dresse dans IEEE Spectrum, le 22 septembre, le portrait de Barbara Mazzolai, directrice associée pour la robotique de l’Institut italien de technologie à Gênes et pionnière de la robotique bio-inspirée : robots souples inspirés de la pieuvre, robots-racines, robots-graines. Le principe de ses racines artificielles est instructif : une racine ne pousse que par son extrémité, ce qui réduit le frottement et l’énergie nécessaire pour progresser dans le sol ; son équipe a donc placé à la pointe du robot une imprimante 3D miniature qui dépose un filament thermoplastique pour construire le corps derrière elle. Dans un manifeste paru en juillet dans Nature Machine Intelligence, elle propose une « robotique de la durabilité » fondée sur trois piliers : un impact environnemental minimal, des robots accessibles quel que soit le pays ou le milieu social, et des systèmes « symbiotiques », utiles à l’humain comme à la nature — avec l’idée d’intégrer le cycle de vie dès la conception, pour que les machines puissent être réutilisées, recyclées ou biodégradées.
La revue vidéo du 25 septembre présente notamment le F10 de Skydio, drone à voilure fixe lancé et récupéré de façon autonome par un bras robotisé, et une main dextre de Unitree proposée à partir de 6 500 dollars. Lors de la cérémonie d’ouverture des WorldSkills de Shanghai, le 22 septembre, 19 humanoïdes Unitree se sont produits aux côtés de 120 danseurs devant plus de 10 000 spectateurs. Côté industrie, Universal Robots présente sa série g, évolution de la gamme UR, qui se connecte plus directement aux caméras, aux outils de préhension de plus forte puissance et aux systèmes de commande, en supprimant câblage et matériel externes.
Intelligence artificielle
Elie Dolgin présente dans Spectrum, le 22 septembre, Paper2Agent, cadre open source décrit le 16 septembre dans Nature par James Zou (Stanford) et ses collègues : il transforme un article scientifique et son code en agent capable d’exécuter les méthodes décrites. Appliqué à AlphaGenome, modèle qui prédit l’effet de mutations de l’ADN sur la régulation des gènes, il a produit en 45 minutes environ, sans intervention humaine, 22 outils validés par un agent de test — sur un ordinateur portable et pour moins de 15 dollars de calcul —, ensuite exposés via un serveur Model Context Protocol. Limite honnêtement reconnue : sur 100 articles de biologie computationnelle, 26 n’ont pas pu être convertis, faute de code complet, de documentation ou de dépendances fonctionnelles — ce que Zou présente comme un certificat de complétude.
La Commission européenne a publié le 22 septembre deux rapports sur l’éducation. Le premier, Friend or foe?, constate que l’IA générative passe lentement mais sûrement du statut d’innovation à celui d’outil courant dans l’enseignement de l’UE ; son bénéfice dépend de l’usage qui en est fait, son effet sur les compétences à long terme reste incertain, et les enseignants ont besoin d’une formation initiale et continue substantielle. Le second, réalisé par le réseau Eurydice, relève que près des deux tiers des systèmes éducatifs ont adopté des stratégies, des orientations ou d’autres cadres portant sur l’IA, et que la compétence numérique figure dans les programmes du premier cycle du secondaire de presque tous les systèmes étudiés.
L’Union internationale des télécommunications a rendu compte le 22 septembre de l’ouverture de Digital@UNGA 2026, plateforme de coopération numérique qu’elle organise avec le PNUD à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Dans le cadre de sa plateforme AI for Good, l’UIT et Google s’y sont engagés à financer 100 000 bourses de certificats en ligne via l’AI for Good Skills Coalition, délivrés en appui de l’initiative Giga de l’UIT et de l’UNICEF, en coordination avec les gouvernements.
Télécoms & réseaux
L’Arcep publie le 24 septembre la cinquième édition de son observatoire trimestriel de l’extinction de la 2G et de la 3G, à trois mois de l’arrêt annoncé de la 2G dans l’Hexagone — déjà effectif dans plusieurs départements du Sud-Ouest depuis le printemps. Fin juin 2026, 1,7 million de terminaux compatibles uniquement 2G restaient actifs chez Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR, contre 2,9 millions un an plus tôt (−41,4 %) ; la baisse a été de 327 000 unités au deuxième trimestre. Les terminaux 2G ne représentent plus que 2,4 % du parc des terminaux de communication entre machines (MtoM). Avec les premières extinctions de la 3G attendues à l’horizon 2028, l’ensemble des terminaux « 2G » et « 3G/2G » a baissé d’un tiers en un an, de 5,9 à 3,9 millions.
Maurizio Arseni explique dans Spectrum, le 26 septembre, comment les défauts microscopiques du verre des fibres permettent de surveiller les câbles sous-marins. La détection acoustique distribuée (DAS) envoie un laser dans la fibre et lit, par interférométrie, la phase de la lumière rétrodiffusée (diffusion Rayleigh) : les vibrations d’une ancre ou d’un chalut qui racle le fond étirent légèrement la fibre, ce qui permet d’alerter jusqu’à 15 minutes et 2 km avant que l’engin n’atteigne le câble. Mais la DAS ne couvre aujourd’hui que les 200 premiers kilomètres à chaque extrémité, pour des câbles transocéaniques de 6 000 à 20 000 km. Alcatel Submarine Networks prépare une version étendue à toute la longueur, qui fait tourner plusieurs interrogateurs sur des longueurs d’onde différentes (multiplexage en longueur d’onde) ; la difficulté reste le signal, des échos des millions de fois plus faibles que le trafic et dégradés par le bruit de chaque répéteur. Une réparation coûte environ 20 fois le prix d’une unité DAS.
Margo Anderson s’entretient dans Spectrum, le 21 septembre, avec Peter Bloom, fondateur de l’association Rhizomatica, qui a publié en open source HERMES, un poste de radio numérique en ondes courtes (bande HF, de 3 à 30 MHz) doté de son modem Mercury. Là où les liaisons de données HF plafonnent habituellement à quelques centaines de bits par seconde, HERMES, pile logicielle chiffrée de façon optionnelle, transfère des fichiers (photos, courriels, messages vocaux, coordonnées GPS) avec des postes d’environ 20 watts et des liaisons fiables de 400 à 600 km, l’ionosphère servant de réflecteur. Au Bangladesh, sur une dizaine de bateaux de pêche équipés, l’un d’eux, en avarie à 100 ou 200 km des côtes dans le golfe du Bengale, a pu transmettre sa position et un appel de détresse.
Informatique
L’ENISA a publié le 22 septembre son Threat Landscape 2026, qui couvre les événements observés du 1er janvier au 31 décembre 2025. Le rançongiciel reste le type d’incident au plus fort impact à court terme, et le paysage est dominé en volume par des attaques DDoS de faible impact (51 % des cas), largement liées à l’actualité géopolitique. L’administration publique demeure le secteur le plus visé (32 % des cas), et 73 % des organisations ciblées sont des entités essentielles ou importantes au sens de NIS 2. Plus de 48 000 vulnérabilités ont reçu un identifiant CVE en 2025, soit 22 % de plus que l’année précédente ; parmi les accès non autorisés dont le vecteur a pu être identifié, 60 % exploitaient une vulnérabilité.
L’ANSSI, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) et la Direction générale des entreprises ont réuni le 23 septembre fabricants et organismes d’évaluation autour du Cyber Resilience Act. Deux échéances à retenir : depuis le 11 septembre 2026, les fabricants doivent notifier les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves (article 14) ; d’ici le 11 décembre 2027, tout produit comportant des éléments numériques mis sur le marché européen devra satisfaire aux exigences essentielles du règlement. En France, l’ANFR sera l’autorité de surveillance du marché, habilitée à exiger des corrections, un retrait du marché ou des sanctions pécuniaires ; l’ANSSI sera autorité notifiante des organismes d’évaluation de la conformité et CSIRT national.
Enfin, le CERT-FR a publié le 24 septembre un avis sur Microsoft Office : la vulnérabilité CVE-2026-70125 permet une exécution de code arbitraire à distance. Sont concernés Microsoft 365 Apps pour Enterprise ainsi qu’Office LTSC 2021 et LTSC 2024, en 32 comme en 64 bits ; le correctif est indiqué dans le bulletin de sécurité de Microsoft du 23 septembre.