Sixième édition de ce rendez-vous hebdomadaire : l’essentiel des sept derniers jours dans les quatre domaines que suit le magazine, uniquement à partir de sources d’autorité — institutions, régulateurs, organismes de normalisation et presse d’ingénierie de référence. Chaque lien a été vérifié et chaque chiffre relu dans le texte de la source. Semaine calme côté régulateurs français : l’Arcep n’a rien publié depuis son observatoire du 10 septembre, et la Fédération internationale de robotique reste muette. La section Télécoms compte donc deux entrées, nourries par le 3GPP et la Commission européenne.

Robotique

Le 15 septembre, Evan Ackerman présente dans IEEE Spectrum Digit 5, le nouvel humanoïde d’Agility Robotics : 1,8 mètre, 129 kg, capable de soulever 23 kg jusqu’à 2,1 mètres et de travailler plus de 20 heures par jour, au contact des personnes et sans barrière physique. La sécurité repose sur un principe simple : le robot ne doit jamais pouvoir tomber sur quelqu’un, et y parvient « en évitant, en s’arrêtant ou en adoptant une position assise » de façon autonome lorsqu’une personne approche. Agility a d’ailleurs abandonné les jambes « d’oiseau » de ses premières versions : optimales pour le mouvement dynamique, elles se prêtent moins bien que des jambes humaines aux flexions et aux levages. Côté économie, le coût des composants est estimé entre 150 000 et 200 000 dollars au lancement, et l’offre de service autour de 8 500 dollars par mois ; les commandes pluriannuelles dépassaient 300 millions de dollars en mai, soit nettement moins de 1 000 robots. Les clients de l’Union européenne et du Royaume-Uni devraient pouvoir en acheter en 2027.

La revue vidéo du 18 septembre s’ouvre sur une idée du CLIMB Lab : un quadrirotor n’est au fond que deux birotors reliés entre eux. On y voit aussi WorMa, robot ondulant de NYU Tandon qui pompe de l’eau entre sa tête et sa queue pour gravir des pentes, franchir des marches et nager avec la même allure : placer l’eau vers l’avant est la seule configuration qui lui a fait monter la pente la plus raide testée, 19,5 degrés. Suivent un quadrupède sous-marin du laboratoire de robots autonomes de la NTNU, aux carters de moteurs étanches usinés en polyoxyméthylène, et l’usine d’humanoïdes d’UBTECH, d’où un robot sort toutes les dix minutes.

Intelligence artificielle

Matthew S. Smith raconte dans Spectrum, le 14 septembre, comment OpenAI a mis ses propres modèles de langage au service de la conception de Jalapeño, son premier accélérateur d’IA dévoilé le 25 août. La puce est passée du premier concept d’architecture au premier silicium en moins de 20 mois, dont neuf seulement entre le premier code RTL et le tape-out, avec une équipe de moins de 100 personnes en moyenne. Le flux de conception s’appuie sur XLS, chaîne open source de synthèse de haut niveau issue de Google, terrain où les modèles excellent parce qu’il ressemble à du logiciel. Exemple cité : sur le noyau d’attention latente multi-têtes de DeepSeek, les performances sont passées de 0,31 % à 88,94 % du plafond théorique en une quarantaine d’heures. Andrew Kahng, de l’université de Californie à San Diego, juge ce rythme « probablement le meilleur de sa catégorie aujourd’hui ».

Le même jour, Eliza Strickland décrit dans Spectrum les expériences d’Andon Labs, société de San Francisco spécialisée dans la sûreté de l’IA, qui confie à des agents la gestion de vrais commerces. Après Vending-Bench en 2025, où des agents géraient un distributeur automatique simulé, l’entreprise a signé un bail de trois ans pour Andon Market, une boutique de San Francisco pilotée par un agent nommé Luna, et ouvert à Stockholm l’Andon Café, dont l’agent Mona gère le budget, les commandes et la carte ; le personnel humain assure le travail physique. Le cofondateur Lukas Petersson reconnaît lui-même qu’avec un seul magasin en conditions non contrôlées, il s’agit au mieux de « science faible » : ces essais servent à débusquer des comportements inattendus que l’on tente ensuite de reproduire en simulation.

Enfin, la Commission européenne a salué le 16 septembre la conception du premier projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) consacré à l’IA, porté par 19 États membres dont la France et coordonné par l’Allemagne. Il vise des services d’IA décentralisés et accessibles en commun, et couvre l’ensemble de la pile, des technologies de gestion du calcul jusqu’aux applications. Onze États qui accorderont des aides aux participants directs ont annoncé qu’ils commenceraient à pré-notifier leurs projets à la Commission en septembre 2026.

Télécoms & réseaux

Le 3GPP publie, en marge de la plénière TSG RAN#113 réunie à Madrid, la synthèse des rapports de ses groupes de travail radio (14 septembre). Pour la 6G, RAN1 a franchi des étapes sur le codage de canal montant (BG3), la mise en forme de constellation, la modulation d’ordre supérieur et la conception du bloc de synchronisation SSB ; RAN2 ne voit pas d’obstacle à l’agrégation de spectre FR1-FR2 non colocalisée sur un backhaul non idéal, jusqu’à 10 ms ; RAN3 retient pour l’architecture 6G un découpage de couches hautes (séparation CU-DU et CP-UP) avec celui de la 5G comme base. La charge donne l’échelle du chantier : RAN4 a traité 2 587 documents lors de sa dernière réunion, dont 910 liés à l’étude 6G.

Le 17 septembre, la Commission européenne et la Corée du Sud ont signé un arrangement administratif sur la connectivité satellitaire sécurisée. Il crée un groupe de travail — Commission, Agence spatiale européenne, et côté coréen l’administration des programmes d’acquisition de défense et l’agence pour le développement de la défense — chargé d’échanger sur les programmes existants et à venir et d’étudier des coopérations au niveau système avec IRIS², la constellation européenne dont la première phase doit être lancée d’ici fin 2029. Des traités de coopération sur IRIS² ont déjà été signés avec la Norvège et l’Islande.

Informatique

Le NIST a finalisé le 15 septembre le rapport NIST IR 8587, Protecting Tokens and Assertions from Forgery, Theft, and Misuse, destiné aux fournisseurs de services cloud et à leurs clients. Il rappelle l’incident qui l’a motivé : des jetons forgés à partir d’une seule clé de signature commerciale volée ont permis de dérober plus de 60 000 courriels à une seule agence. La version finale rend les exigences de protection des clés moins prescriptives et davantage orientées vers le résultat, ajoute des considérations de haut niveau sur l’IA et la migration vers la cryptographie post-quantique, et élargit les options pour la révocation des jetons.

Le CERT-FR a publié le 17 septembre un avis sur ISC BIND, serveur DNS : huit CVE permettant un déni de service à distance, une atteinte à l’intégrité des données et un contournement de la politique de sécurité. Sont concernées les versions antérieures à 9.20.29, la branche 9.21.x antérieure à 9.21.26 et l’édition Supported Preview antérieure à 9.20.29-S1 ; les correctifs sont indiqués dans les bulletins de l’éditeur.

Enfin, Rahul Rao présente dans Spectrum, le 17 septembre, S-Transistors, jeune pousse d’Espoo issue du centre de recherche finlandais VTT, qui veut fabriquer des transistors supraconducteurs à l’échelle de la plaquette. Le procédé, compatible CMOS, dépose un canal de graphène entre des électrodes en supraconducteur à base d’aluminium, formant une jonction Josephson ; la tension appliquée sur une troisième électrode, la grille, fait varier le courant critique ou active et coupe la supraconductivité. Objectif : rapprocher l’électronique de commande des qubits dans le cryostat, et réduire le faisceau de câbles qui y achemine aujourd’hui les signaux. Les premiers circuits — multiplexeurs et démultiplexeurs — sont annoncés pour 2027.