Cinquième édition de ce rendez-vous hebdomadaire : l’essentiel des sept derniers jours dans les quatre domaines que suit le magazine, uniquement à partir de sources d’autorité — institutions, régulateurs, agences européennes et presse d’ingénierie de référence. Chaque lien a été vérifié et chaque chiffre relu dans le texte de la source. L’Arcep, en maintenance la semaine dernière, revient avec son observatoire du fixe ; la Fédération internationale de robotique n’a en revanche rien publié dans la fenêtre.
Robotique
Le 10 septembre, Edd Gent fait le point dans IEEE Spectrum sur un verrou ancien de la manipulation : le toucher. À l’université de Californie à Berkeley, l’équipe de Trevor Darrell a affiné un modèle sur une centaine de démonstrations téléopérées — visser une ampoule, mettre du dentifrice sur une brosse, déplacer un œuf d’un plateau à l’autre — et obtient 65 % de réussite moyenne sur 12 tâches, presque le double du meilleur modèle vision-langage-action. Darrell le reconnaît : ses données proviennent d’un seul matériel, alors que les mains robotiques et les capteurs tactiles reposent sur des conceptions et des physiques très différentes, ce qui rend les données peu transférables d’un laboratoire à l’autre. D’où deux efforts d’échelle : Chengbo Yuan, à l’université Tsinghua, a agrégé plus de 3 000 heures de données issues de jeux publics couvrant 21 types de capteurs et pilote une collaboration de 80 institutions, tandis que l’université Fudan et sa jeune pousse NeoteAI revendiquent plus de 30 000 heures de démonstrations synchronisées vision-toucher. Leur modèle, qui prédit ce que le robot devrait ressentir et amplifie les écarts, atteint 62,8 % de réussite sur cinq tâches à fort contact, contre 28,2 % pour le même modèle privé du toucher.
Toujours dans Spectrum, Elie Dolgin décrit le 7 septembre Aletta, le système de prise de sang autonome de la société néerlandaise Vitestro, qui combine imagerie, robotique et IA pour repérer la veine et piquer. La Food and Drug Administration américaine l’a autorisé le 19 août pour les adultes hors milieu hospitalier, deux ans après les régulateurs européens. Dans l’essai clinique mené aux Pays-Bas sur plus de 1 600 personnes, le prélèvement a réussi du premier coup dans 94,5 % des cas, y compris sur des veines difficiles d’accès ; en cas d’échec, le patient est orienté vers une prise de sang classique. Des capteurs suivent le mouvement du bras et la position de l’aiguille pour interrompre le geste, et un même phlébotomiste peut superviser jusqu’à trois machines.
Enfin, la revue vidéo du 11 septembre s’ouvre sur un humanoïde du Robotic Systems Lab de l’ETH Zurich franchissant une échelle horizontale, exercice qui impose de percevoir une géométrie fine et en surplomb tout en coordonnant le corps entier. Le CRASAR y rappelle le rôle des robots sur les décombres du World Trade Center, du soir du 11 septembre au 2 octobre, date à laquelle le dernier robot disponible est tombé en panne : ils n’ont retrouvé aucun survivant, mais ont localisé des restes et aidé à chercher des passages vers les sous-sols et les cages d’escalier où des pompiers pouvaient être piégés. Unitree y annonce aussi l’ouverture de son modèle de fondation UnifoLM-WLA-1.0, qui coordonne manipulation sur table et manipulation mobile du corps entier.
Intelligence artificielle
Matthew S. Smith revient dans Spectrum, le 9 septembre, sur le filigrane des textes générés. Anthropic a annoncé le 11 août que tous ses futurs modèles Claude marqueraient leurs sorties, avec un procédé fondé sur celui que Google applique à Gemini (SynthID-Text) ; OpenAI prévoit de le faire. Le principe est statistique : le vocabulaire est réparti en deux listes, et les mots de la liste « verte » sont rendus légèrement plus probables — le marquage tient au choix des mots, donc invisible à la lecture. Les travaux de Kirchenbauer et de ses collègues rapportaient 98,4 % de détection sans faux positif sur des réponses d’environ 200 jetons. Google n’a mesuré aucune différence significative dans les retours d’utilisateurs sur 20 millions de réponses, mais son article montre aussi le revers : jusqu’à 95 % de détection dans le meilleur cas, moins de 50 % sur les réponses courtes.
Le même jour, David Berreby décrit dans Spectrum les règles chinoises sur les « services interactifs d’IA anthropomorphes », publiées par l’Administration du cyberespace et d’autres agences et en vigueur depuis le 15 juillet. Elles visent toute IA qui entretient une « interaction émotionnelle continue » en simulant une personnalité humaine : les fournisseurs doivent éviter la dépendance affective et la complaisance excessive, inciter les utilisateurs à limiter leur temps d’usage et prévoir des protections pour les personnes âgées. Les « relations intimes virtuelles » sont interdites aux moins de 18 ans, et les adultes reçoivent toutes les deux heures un rappel que l’IA n’est pas une personne. Les mêmes règles interdisent aussi aux compagnons virtuels de produire des contenus jugés contraires à l’ordre politique.
Côté IA scientifique, Google DeepMind a publié le 8 septembre l’AlphaGenome Atlas, décrit par Greg Uyeno : un répertoire de prédictions précalculées par le modèle AlphaGenome, présenté dans Nature en janvier, sur l’effet de chaque substitution d’une seule lettre du génome humain de référence sur l’expression des gènes. Le compte est simple — environ 3 milliards de paires de bases, trois substitutions possibles à chaque position, soit 9 milliards de variants — et le jeu complet pèse environ un pétaoctet. Jusqu’ici, les chercheurs devaient choisir leurs variants et faire tourner eux-mêmes un modèle très gourmand en calcul.
Télécoms & réseaux
L’Arcep a publié le 10 septembre son observatoire du fixe à fin juin 2026. Sur 45,2 millions de locaux, 43,1 millions sont raccordables à la fibre (95,3 %), dont 275 000 rendus raccordables dans le trimestre ; pour plus d’un tiers des 2,1 millions restants, les opérateurs font état d’un refus d’intervention par un tiers ou d’un local en construction. Côté abonnements, la fibre atteint 28,1 millions (+460 000 au deuxième trimestre, contre +610 000 un an plus tôt), soit 85 % des 33,1 millions d’abonnements internet fixes ; le haut débit tombe à 3,2 millions et le nombre total d’abonnements ne progresse que de 50 000 sur le trimestre : la croissance de la fibre vient pour l’essentiel de la migration des abonnés existants.
Le même jour, l’Arcep a ouvert une deuxième consultation publique sur les fréquences de la bande 3,4 – 3,8 GHz en Guyane, après celle menée en 2025 pour Mayotte et la Guyane. Elle porte sur l’usage de la sous-bande 3 410 – 3 480 MHz pour des réseaux mobiles dans les communes littorales, sur l’extension aux communes d’Apatou et de Régina des autorisations délivrées en 2023 aux opérateurs mobiles, et sur l’attribution de la bande dans les autres communes isolées. Les contributions sont attendues avant le 12 octobre 2026 à 18 heures.
Enfin, Michelle Hampson rend compte dans Spectrum, le 13 septembre, d’un essai de perception collective V2X mené en juin 2024 sur le Bizkaia Connected Corridor, au Pays basque espagnol, avec la Fundación Vicomtech : une Toyota Prius échangeait des messages de perception collective avec des unités de bord de route entre 80 et 120 km/h. Les résultats sont instructifs : un véhicule passant à moins de 30 mètres était détecté 65,7 % du temps, 20,5 % entre 30 et 50 mètres, 0,1 % entre 50 et 100 mètres. La chaîne perception-transmission ajoute ses propres délais — jusqu’à 132 ms pour la détection —, aggravés par le plafond européen de 10 messages par seconde et par un envoi à cadence fixe, décorrélé de la fin de l’analyse.
Informatique
Le CERT-FR a émis le 10 septembre une alerte sur Metabase (CVE-2026-72898) : une injection SQL exploitable sans authentification permet d’obtenir les droits d’administrateur de l’instance, et le CERT-FR a connaissance de nombreuses compromissions. Les tentatives se repèrent dans les journaux par la succession d’un POST /api/session/reset_password en erreur 400 et d’un GET /api/user/current en 200. À défaut de correctif immédiat, l’éditeur recommande de bloquer l’accès public à ce chemin ; s’il était exposé, il faut purger la table core_session, inspecter clés d’API et comptes administrateurs et renouveler les identifiants des bases connectées.
Le 7 septembre, l’ANSSI a annoncé REACTIV (« REponse & ACTion Interministérielle face aux Violations de données »), une capacité renforcée de réaction mise en place à la demande du Premier ministre face à l’intensification des attaques liées à des violations de données touchant les services de l’État. L’opération bascule les efforts opérationnels de l’agence vers le traitement des compromissions de comptes et l’analyse des fuites, et renforce son autorité : l’ANSSI peut faire prendre aux ministères, dans des délais contraints, les mesures immédiates nécessaires, et centralise la communication technique de crise.
Enfin, l’ENISA a mis en service le 11 septembre la plateforme unique de signalement du règlement sur la cyberrésilience (CRA), le jour même où les fabricants de produits comportant des éléments numériques deviennent tenus de signaler les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves. Le principe est de déclarer une seule fois : le CSIRT coordinateur qui reçoit la notification la diffuse aux CSIRT des autres États membres où le produit est commercialisé, et l’ENISA la reçoit simultanément. Les exigences de sécurité proprement dites du CRA s’appliqueront à partir du 11 décembre 2027.