Quatrième édition de ce rendez-vous hebdomadaire : l’essentiel des sept derniers jours dans les quatre domaines que suit le magazine, uniquement à partir de sources d’autorité — institutions, régulateurs, organismes de normalisation et presse d’ingénierie de référence. Chaque lien a été vérifié et chaque chiffre relu à la source. Deux absences cette semaine : la Fédération internationale de robotique n’a toujours rien publié depuis le début de l’été, et le site de l’Arcep est en maintenance. C’est l’Union internationale des télécommunications, qui tenait son Forum mondial des politiques de télécommunication aux Bahamas, qui fournit l’essentiel de la matière côté réseaux.
Robotique
IEEE Spectrum a publié le 4 septembre sa revue vidéo hebdomadaire, ouverte par le Digit d’Agility Robotics déplaçant un canapé. L’exercice n’a rien d’anecdotique : un humanoïde qui tire une charge molle, dont le centre de masse se déplace pendant le mouvement, résout un problème nettement plus difficile que la manipulation d’un colis rigide. Le même sommaire aligne une pince du RAI Institute copiée sur la main du koala — deux pouces par main, ce qui change la géométrie de la prise —, un quadrupède Lynx M20S de DEEP Robotics engagé dans les vendanges de Turpan, en Chine, où la température au sol dépasse 50 °C l’été, et des robots mous en forme de larme de la North Carolina State University : un ruban d’élastomère à cristaux liquides monté sur un tube d’aluminium en V, qui saute tant qu’on l’éclaire en infrarouge, sans moteur ni batterie embarquée.
Toujours dans Spectrum, le 3 septembre, la présentation de RoboBall III, développé à Texas A&M sous la direction de Rishi Jangale, avec Robert Ambrose — ancien roboticien de la NASA — comme encadrant. La machine est une sphère de 1,8 mètre pour 150 kilos qui se déplace en déplaçant un pendule dans sa coque, donc en jouant sur son propre centre de masse : pas de roue, pas de train de roulement à protéger de la poussière. Cette troisième version délivre 2,5 fois le couple de la précédente et gravit des pentes de 20 degrés, pour un coût de développement annoncé autour de 250 000 dollars. La cible affichée est le cratère Shackleton, au pôle sud lunaire : 21 kilomètres de diamètre, 4 kilomètres de profondeur — un relief où un rover à roues ne descend pas.
Enfin, le 5 septembre, Charles Q. Choi rend compte des travaux du Biorobotics Lab de l’université du Queensland, dirigé par T. Thang Vo-Doan et publiés dans Advanced Science. L’équipe pilote des blattes fouisseuses géantes (Macropanesthia rhinoceros, environ 40 grammes, la plus lourde espèce connue) au moyen d’électrodes implantées dans les antennes et les cerques, l’insecte portant plus de la moitié de son poids en charge utile — caméra sans fil ou injecteur à ressort. Sur un parcours de 2,5 mètres à trois points de passage, les 25 essais ont été menés à terme ; l’injection sur une cible en silicone de 8 × 10 centimètres a réussi dans 72 % des cas. L’argument avancé est celui de l’accès aux décombres, où aucun robot de cette masse ne se faufile aussi bien.
Intelligence artificielle
La Commission européenne a désigné le 31 août ChatGPT, Reddit et Roblox au titre du règlement sur les services numériques (DSA) : ChatGPT comme très grand moteur de recherche en ligne, Reddit et Roblox comme très grandes plateformes. Le critère est purement quantitatif — au moins 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels moyens dans l’Union — et il déclenche un régime d’obligations renforcées : évaluation et atténuation des risques systémiques liés aux contenus illicites, aux effets sur les mineurs, sur la santé physique et mentale, sur les droits fondamentaux, sur les processus électoraux et sur la sécurité publique. Les services désignés disposent de quatre mois à compter de la notification, soit une entrée en application en janvier 2027.
Le 1er septembre, la Commission a rendu compte du deuxième dialogue industriel UE–Taiwan sur les semi-conducteurs, tenu la veille à Taipei pendant SEMICON Taiwan 2026, avec le Bureau européen économique et commercial et le consortium ChipDiplo (projet de dix-huit mois cofinancé par l’UE). Les échanges ont porté sur la proposition législative Chips Act 2.0 et sur la manière dont la demande de puces d’IA et d’infrastructures de centres de données recompose la répartition des rôles : à l’Europe l’architecture, les outils de conception et la propriété intellectuelle, à Taiwan la fonderie, le packaging et l’intégration système. C’est la deuxième édition après celle de Munich en novembre 2025.
Côté infrastructure, IEEE Spectrum décrit le 1er septembre une poignée de plateformes qui rémunèrent les particuliers pour louer la capacité inutilisée de leur PC de jeu ou de leur serveur domestique : Far Labs à Abou Dabi, Evolving Edge à Austin (bêta ouverte), ainsi que Bless Network, Salad et Gradient. Le point technique à retenir est le périmètre : il s’agit d’inférence, pas d’entraînement — ce dernier suppose des interconnexions à très haut débit et à très faible latence entre accélérateurs, que l’internet grand public ne fournit pas. Far Labs annonce 100 millisecondes de latence ou moins en routant vers les nœuds proches, Evolving Edge s’appuie sur l’outil libre Ray pour répartir les modèles, et les deux encadrent l’exécution par des quotas explicites de GPU, de processeur, de mémoire, de stockage et de réseau.
Télécoms & réseaux
L’Agence nationale des fréquences a mis à jour le 3 septembre son observatoire du déploiement mobile. Au 1er septembre 2026, la France compte plus de 56 100 sites 5G autorisés, dont 50 182 techniquement opérationnels — soit 89,3 % —, et 72 557 sites 4G autorisés dont 65 252 en service en métropole. La ventilation par bande donne 36 501 sites en 700 MHz, 28 371 en 2,1 GHz et 38 239 en 3,5 GHz : les totaux se recoupent, un même site portant généralement plusieurs bandes, et c’est précisément cette superposition qui détermine le débit réellement disponible. La progression du mois d’août reste faible : +0,3 % de sites 5G autorisés, +0,2 % de sites 4G en service. En métropole, Orange exploite 32 988 sites 4G, devant Bouygues Telecom (32 119), Free Mobile (31 398) et SFR (31 024).
L’Union internationale des télécommunications a clôturé le 4 septembre, à Nassau, son septième Forum mondial des politiques de télécommunication (WTPF-26), tenu du 2 au 4 septembre et suivi par plus de 500 participants sur place et à distance. Cinq Opinions y ont été adoptées : réduction des fractures numériques, transformation numérique respectueuse de l’environnement, résilience des systèmes de télécommunication et des TIC, connectivité spatiale, et renforcement des écosystèmes d’innovation. Ces textes n’ont pas de valeur contraignante : ils préparent la Conférence de plénipotentiaires (PP-26) qui se tiendra deux mois plus tard et où se décident, elles, les orientations de l’Union.
Deux jours plus tôt, la même organisation publiait son rapport annuel sur l’empreinte climatique du numérique, portant sur 200 entreprises. Les émissions opérationnelles (scopes 1 et 2) atteignent 301 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2024, soit 0,8 % des émissions mondiales liées à l’énergie et une hausse de 1,2 % sur un an ; les 163 entreprises ayant déclaré leur consommation électrique totalisent 494 térawattheures, environ 1,7 % de la consommation mondiale, dont 54 % pour les dix premières seulement. Vingt-cinq entreprises sur 200 s’approvisionnent à 100 % en électricité renouvelable. Le contraste le plus net est sectoriel : quatre grands fournisseurs d’IA et de cloud ont vu leurs émissions augmenter jusqu’à 239 % depuis 2020, quand quatorze grands opérateurs télécoms les réduisaient de 11 % sur la même période.
Informatique
L’ANSSI a publié le 3 septembre un appel à action sur la transition post-quantique, signé avec les agences du groupe de travail cyber du G7, la Commission européenne et l’ENISA étant associées comme invitées. Le texte a été porté par la présidence française du G7 en 2026, dans la continuité des travaux amorcés par le Canada en 2025. Le message tient en une phrase : la migration vers des algorithmes résistants au calcul quantique doit être anticipée, parce qu’un chiffrement cassé dans dix ans expose dès aujourd’hui les données interceptées et conservées. La première étape recommandée n’est pas technique mais documentaire : recenser où la cryptographie est employée dans le système d’information, faute de quoi aucun plan de migration ne peut être établi.
La CNIL a prononcé le 3 septembre une amende de 500 000 euros contre l’Hôpital privé de la Loire, après une violation de données de santé touchant 524 867 patients et 202 246 personnes de confiance. Les manquements retenus sont élémentaires et instructifs : accès externes au dossier patient sans VPN ni authentification multifacteur, habilitations non cloisonnées — le personnel pouvait consulter l’ensemble des dossiers, sans lien avec la prise en charge —, et absence de détection en temps réel, qui a laissé les attaquants opérer plusieurs jours. La formation restreinte vise l’article 32 du RGPD (sécurité du traitement) et l’article 34 (information des personnes concernées), les personnes de confiance n’ayant pas été averties.
Deux avis du CERT-FR méritent enfin une action immédiate. L’alerte du 2 septembre concerne les passerelles SonicWall SMA 1000 (modèles 6210, 7210 et 8200v) : la CVE-2026-83548 permet une falsification de requête côté serveur à un attaquant non authentifié, la CVE-2026-83549 une exécution de code pour un administrateur authentifié, et les deux sont activement exploitées. Point capital : le correctif ne suffit pas — l’éditeur impose une réinstallation du système, la réinitialisation de tous les mots de passe et la régénération des secrets TOTP, ce qui revient à traiter tout équipement exposé comme potentiellement compromis. En parallèle, l’avis du 4 septembre recense douze vulnérabilités dans Google Chrome, dont la CVE-2026-85046 activement exploitée ; les versions corrigées sont 152.0.7977.82 sous Windows et Linux, 152.0.7977.83 sous macOS.