Une imprimante qui met une minute à sortir une page alors qu’elle en annonce vingt à la minute, c’est l’un des dépannages les plus fréquents — et l’un des plus mal traités, parce qu’on cherche presque toujours la cause au mauvais endroit. Avant de changer un pilote ou de racheter du matériel, la bonne démarche consiste à localiser la lenteur : elle vient rarement de l’imprimante elle-même.
Commencer par situer le problème : trois questions
Ces trois questions éliminent en quelques minutes 80 % des fausses pistes. Répondez-y dans l’ordre.
1. La lenteur touche-t-elle tous les documents ? Imprimez une page de test depuis les propriétés de l’imprimante, puis un document texte simple. Si la page de test sort vite et que votre PDF de 40 pages rame, le problème n’est pas l’imprimante : c’est le traitement du document.
2. La lenteur touche-t-elle tous les logiciels ? Si seul un logiciel est lent à imprimer — un navigateur, un tableur —, la cause est dans ce logiciel ou dans la façon dont il génère la page, pas dans le matériel.
3. La lenteur touche-t-elle tous les ordinateurs ? Sur un poste voisin, la même imprimante est-elle rapide ? Si oui, le problème est sur votre machine : pilote, port, ou performances générales du poste.
Notez la réponse à chacune : la suite de cet article s’organise selon ce que vous venez d’établir.
La cause la plus négligée : le mode silencieux
Beaucoup d’imprimantes récentes embarquent un mode silencieux — appelé « mode silencieux » ou « Quiet Mode » selon les marques. Il réduit le bruit en ralentissant délibérément le chariot et l’entraînement du papier, et ce n’est en rien propre à une marque : les trois grands fabricants de jets d’encre grand public le documentent explicitement. Canon indique que « l’utilisation de cette fonction peut ralentir la vitesse d’impression » dans le manuel de ses PIXMA ; Epson et Brother avertissent de la même façon dans leurs documentations respectives.
Aucun constructeur ne chiffre publiquement la perte, qui dépend du modèle et du type de document — mais elle est parfaitement perceptible, et surtout aucun voyant ne la signale.
Ce mode s’active souvent tout seul, à la première installation ou après une mise à jour du micrologiciel. Il se désactive depuis le panneau de l’imprimante (menu Réglages ou Préférences) ou depuis l’application du fabricant. C’est la première chose à vérifier, avant tout le reste : le gain est immédiat et ne coûte rien.
Les réglages d’impression qui coûtent le plus cher en temps
Quatre réglages pèsent lourd, par ordre d’impact décroissant.
- La résolution. Passer de 600 à 1200 points par pouce multiplie la quantité de données à transmettre et à traiter. Pour un document de travail, 600 ppp suffisent largement ; réservez le 1200 aux photos et aux visuels destinés à l’impression finale.
- La couleur. Une page couleur mobilise les quatre cartouches et demande davantage de calcul. Si le document ne l’exige pas, forcez le niveaux de gris dans les propriétés du document plutôt que d’espérer que le pilote le devine.
- Le recto-verso automatique. Le duplex impose une pause : la feuille doit être réengagée, et sur les jets d’encre l’encre doit sécher avant le retournement. Sur un long tirage, l’écart avec le recto simple se compte en minutes.
- Le mode brouillon. À l’inverse, il accélère nettement et convient à tout ce qui n’est pas destiné à sortir de votre bureau.
Le spouleur : le goulot d’étranglement invisible
Sous Windows, le spouleur d’impression reçoit le travail, le convertit au langage de l’imprimante, puis l’envoie. C’est là que se joue une bonne partie de la latence perçue.
Dans les propriétés de l’imprimante, onglet Avancé, deux options changent tout. « Commencer l’impression après la mise en attente de la dernière page » impose d’attendre que le document entier soit traité avant que la première feuille ne sorte : sur un gros fichier, l’imprimante reste silencieuse plusieurs minutes, ce qui donne l’impression qu’elle est bloquée. L’option « Commencer l’impression immédiatement » fait sortir la première page pendant que le reste se prépare. La durée totale change peu, mais l’attente ressentie s’effondre.
Si des travaux restent coincés dans la file, Microsoft documente la procédure de réinitialisation du spouleur dans sa fiche travaux d’impression bloqués dans la file d’attente, et détaille le cas du service qui ne démarre plus dans cette page technique.
Le pilote : le bon, et surtout le bon type
Un pilote obsolète ralentit, c’est entendu. Mais le type de pilote compte davantage. Sur les modèles professionnels, vous avez souvent le choix entre un pilote PCL et un pilote PostScript. Le PCL délègue une partie du rendu à l’ordinateur et se montre généralement plus rapide sur les documents bureautiques ; le PostScript traite davantage côté imprimante et donne de meilleurs résultats sur les documents graphiques complexes. Essayer l’autre pilote est gratuit et donne parfois un écart de vitesse spectaculaire sur un même document.
Méfiez-vous également des pilotes universels installés automatiquement par le système : ils fonctionnent, mais n’exploitent ni la mémoire ni les fonctions d’accélération du modèle. Le pilote publié par le fabricant pour votre référence exacte reste préférable. Désinstallez l’ancien avant d’installer le nouveau : les conflits de pilotes d’impression figurent parmi les causes classiques d’instabilité, au même titre que ceux que nous évoquions à propos des erreurs BSOD sous Windows. Microsoft récapitule la marche à suivre dans son guide résoudre les problèmes d’impression et de connexion.
Le port et le réseau : là où se cachent les vraies lenteurs
Si l’imprimante est en réseau, deux points méritent un examen.
Le type de port. Windows installe volontiers les imprimantes réseau sur un port WSD, un mécanisme de découverte automatique pratique mais réputé instable : il se met à chercher l’imprimante à chaque travail, avec des délais qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de secondes. Basculer l’imprimante sur un port TCP/IP standard, en lui fixant une adresse IP fixe, élimine ce délai. C’est, dans les petits réseaux d’entreprise, le correctif qui produit le gain le plus net.
Le Wi-Fi. La plupart des imprimantes grand public ne fonctionnent qu’en 2,4 GHz, la bande la plus encombrée. Un signal faible provoque des retransmissions invisibles pour l’utilisateur mais coûteuses en temps. Rapprocher l’imprimante du point d’accès, ou mieux, la raccorder en Ethernet, résout souvent une lenteur qu’on attribuait au matériel. Si vous imprimez depuis un mobile, les contraintes sont différentes et nous les avions détaillées dans notre article sur l’impression depuis un téléphone Android ou iPhone.
Quand c’est le document qui est lourd
Un PDF de quelques mégaoctets peut contenir des images en haute résolution, des polices intégrées et des calques de transparence que l’imprimante doit aplatir. Sur un modèle doté de peu de mémoire, ce traitement s’effondre. Trois parades : réduire la résolution des images avant impression, imprimer par lots de quelques pages plutôt que d’un bloc, ou, sur les modèles professionnels, vérifier si une extension mémoire est possible.
L’option « imprimer comme image », proposée par certains lecteurs PDF, mérite une précision : elle contourne les documents mal formés et débloque des impressions impossibles, mais elle est plus lente, pas plus rapide. Réservez-la aux fichiers qui refusent de sortir autrement.
Têtes d’impression, cartouches et micrologiciel
Sur les jets d’encre, des buses partiellement obstruées déclenchent des cycles de nettoyage automatiques qui interrompent l’impression. Lancez le nettoyage depuis l’utilitaire du fabricant plutôt que manuellement, et évitez de multiplier les cycles : chacun consomme de l’encre.
Des cartouches presque vides provoquent le même phénomène, l’imprimante compensant par des passages supplémentaires. Remplacez-les dès la baisse de qualité plutôt qu’à l’épuisement complet — et si le coût des consommables pèse dans la balance, les modèles à réservoir rechargeable changent radicalement l’équation.
Enfin, le micrologiciel. Les fabricants publient régulièrement des correctifs de performance, et une imprimante restée deux ans sans mise à jour tourne parfois avec des bogues connus et résolus depuis longtemps. Attention toutefois : certaines mises à jour réactivent le mode silencieux évoqué plus haut, ou restreignent les cartouches compatibles. Lisez les notes de version avant d’appliquer.
Le cas des imprimantes HP
C’est le modèle le plus représenté dans les foyers et les petits bureaux, et il concentre trois causes de lenteur récurrentes. Le mode silencieux y est fréquemment actif par défaut. L’application de gestion installe par ailleurs des services résidents qui surveillent les niveaux d’encre en permanence et sollicitent le réseau ; les désactiver ne prive que du suivi des consommables. Enfin, le pilote générique proposé par Windows est souvent retenu à la place du pilote spécifique au modèle : vérifiez, sur le site de support du fabricant, que vous utilisez bien celui de votre référence exacte, et non un pilote universel.
Et si ce n’était pas l’imprimante ?
Revenons à la troisième question du diagnostic. Si l’impression est lente depuis un seul poste, le coupable est ce poste : mémoire saturée, disque saturé, antivirus qui analyse chaque fichier temporaire de spoule. Nous avons consacré deux articles à ce terrain — un guide complet pour résoudre les problèmes de lenteur d’un PC et un autre sur les moyens de booster les performances d’un ordinateur portable.
Dans les bureaux où plusieurs machines partagent périphériques et écran, la configuration elle-même peut brouiller le diagnostic : on attribue à l’imprimante une latence qui vient du poste actif. Notre article sur le commutateur KVM explique comment ces montages s’organisent.
Si la lenteur s’accompagne de bruits mécaniques inhabituels, de bourrages répétés ou de messages d’erreur matériels, le diagnostic sort du logiciel. Un technicien en réparation d’imprimante tranchera plus vite et pour moins cher qu’une série d’essais à l’aveugle.
Quand le remplacement devient la bonne décision
Trois signaux convergents justifient le renouvellement : le matériel a dépassé son volume mensuel prévu depuis longtemps, les consommables coûtent plus cher que l’amortissement d’un modèle neuf, et le fabricant ne publie plus de pilote pour votre système d’exploitation. Ce dernier point est décisif — un pilote non maintenu finit par poser des problèmes que rien ne corrigera.
Le choix se fait alors sur le vrai usage, pas sur la vitesse annoncée. Un laser reste imbattable sur le volume de texte, et un modèle A3 laser couleur se justifie dès que les grands formats deviennent réguliers. Pour un usage domestique orienté image, les critères sont tout autres, la qualité colorimétrique primant sur la cadence. Dans tous les cas, calculez le coût à la page consommables compris : c’est lui qui détermine la dépense réelle sur cinq ans.
Récapitulatif : l’ordre des vérifications
- Désactiver le mode silencieux sur le panneau de l’imprimante.
- Passer la résolution à 600 ppp et forcer les niveaux de gris si la couleur n’est pas nécessaire.
- Basculer le spouleur sur « commencer l’impression immédiatement ».
- Vérifier le type de port : remplacer WSD par un port TCP/IP standard avec IP fixe.
- Installer le pilote du fabricant correspondant au modèle exact, et essayer PCL contre PostScript.
- Contrôler la qualité du signal Wi-Fi, ou passer en Ethernet.
- Nettoyer les têtes et remplacer les cartouches faibles.
- Mettre à jour le micrologiciel, après lecture des notes de version.
Dans la grande majorité des cas, la lenteur disparaît avant la cinquième étape — et le plus souvent dès la première.